Enquête · Affaire réelle

L’intrusion Max Headroom, le soir où la télé de Chicago a été piratée

Un dimanche soir de novembre 1987, à Chicago, deux chaînes de télévision sont piratées à deux heures d'intervalle. À l'écran, un homme grimé en Max Headroom se dandine, ricane et marmonne. On ne sait toujours pas qui c'était.

3 min de lecture
Lieu
Chicago
Date
22 novembre 1987
Bilan
Deux chaînes piratées
Statut
Non résolu
En bref

Un dimanche soir de novembre 1987, à Chicago, deux chaînes de télévision sont piratées à deux heures d'intervalle. À l'écran, un homme masqué en Max Headroom se dandine, ricane et marmonne. La police fédérale enquête. On ne sait toujours pas qui c'était.

22 novembre 1987, 21 h 14

L'écran devient noir

Sur WGN-TV, le journal du soir en est aux sports. Le présentateur parle du match des Chicago Bears. Soudain, l'écran devient noir pendant une quinzaine de secondes. Puis une silhouette apparaît : un homme portant un masque de Max Headroom, le présentateur virtuel à la mode, et des lunettes noires.

Il se balance devant une plaque de tôle ondulée qui pivote, pour imiter le décor de la série. Aucun son, seulement un bourdonnement. Au bout d'une trentaine de secondes, les techniciens changent la fréquence qui relie le studio à l'émetteur, et l'image disparaît.

Si vous vous demandez ce qui vient de se passer, moi aussi.Dan Roan, présentateur sportif de WGN, au retour de l'antenne (traduit)
22 novembre 1987, 23 h 20

Il revient, cette fois avec le son

Deux heures plus tard, la chaîne publique WTTW diffuse un épisode de Doctor Who. Le même personnage surgit. Cette fois, on l'entend. Une voix déformée, des ricanements, des gémissements. Il insulte un journaliste de WGN, brandit une canette de Pepsi en reprenant le slogan d'une publicité de Max Headroom pour Coca-Cola, fredonne le générique d'un vieux dessin animé.

Après une coupure brutale, une femme masquée apparaît au bord de l'image et le frappe sur les fesses avec une tapette à mouches. « Oh non, ils viennent me chercher ! » L'image grésille, puis Doctor Who reprend. L'intrusion a duré environ une minute et demie.

Personne ne peut couper : il n'y a aucun technicien à l'émetteur.

Les techniciens de WTTW voient tout, sans rien pouvoir faire. À cette heure-là, personne n'est de garde à l'émetteur, au sommet de la tour Sears. Le standard de la chaîne est assailli d'appels de téléspectateurs.

1987 à 1992

Personne ne sera retrouvé

Les pirates ont envoyé vers les antennes un signal micro-ondes plus puissant que celui des chaînes, qui a pris la place de l'émission. Il fallait du matériel, un vrai savoir-faire, et un endroit en vue des deux tours du centre-ville.

Le régulateur américain des télécommunications, la FCC, ouvre une enquête. Les pirates risquent 100 000 dollars d'amende et un an de prison. Personne n'est identifié. En 1992, les faits sont prescrits : même retrouvés, ils ne pourraient plus être poursuivis.

Depuis le passage à la télévision numérique, en 2009, ce genre d'intrusion est devenu presque impossible. L'incident Max Headroom reste l'un des seuls de son genre, et l'un des plus dérangeants.

Le mystère

La FCC enquête, mais ne retrouve personne. En 1992, les faits sont prescrits.

Un employé de WGN, en colère

Possible

+Le pirate visait WGN et l'un de ses journalistes.

−Aucun suspect n'a jamais été trouvé.

La scène informatique de Chicago

Possible

+L'opération demandait un vrai savoir-faire technique.

−Personne n'a revendiqué, même après la prescription.

Pour aller plus loin

SérieMax HeadroomLe personnage imité par le pirate, star de la télévision et des publicités au milieu des années 1980
Sources
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