Le col Dyatlov
Une nuit de février 1959, dans l'Oural, neuf randonneurs découpent leur tente de l'intérieur et s'enfuient dans la neige, presque sans vêtements. Aucun ne reviendra.
- Lieu
- Oural, URSS
- Date
- Février 1959
- Bilan
- 9 morts
- Statut
- Expliqué
Neuf étudiants expérimentés meurent pendant une randonnée à skis. Six de froid, trois de blessures terribles. L'enquête de 1959 parle d'une « force naturelle » et ferme le dossier. En 2020, la justice russe conclut à une avalanche.
Dix skieurs partent vers le nord
Ils sont dix, huit garçons et deux filles, presque tous étudiants de l'Institut polytechnique de l'Oural, à Sverdlovsk. Leur chef, Igor Dyatlov, a 23 ans. Ils visent le mont Otorten, au bout d'un parcours de catégorie III, la plus difficile du pays. Et ils le font en février, le mois le plus rude.
Le 27 janvier, ils quittent Vijaï, le dernier village habité. Le lendemain, Youri Ioudine, qui souffre des genoux, fait demi-tour. Il sera le seul à revenir.
Une tente sur la pente nue
La tempête se lève. Dans la neige et le vent, le groupe perd sa route et dérive vers le sommet du Kholat Syakhl. Plutôt que de redescendre un kilomètre et demi jusqu'à la forêt, où les arbres les auraient protégés, ils plantent leur grande tente sur la pente, à découvert.
Ils dînent. Puis, au milieu de la nuit, quelque chose les fait sortir. Si vite qu'ils n'emportent ni leurs chaussures ni leurs manteaux. Dehors, le vent souffle et il fait entre −25 et −40 °C. L'enquête établira qu'ils sont morts six à huit heures après leur dernier repas.
Ils sortent par une entaille dans la toile, en chaussettes, dans la tempête.
Ce que trouvent les secours
Dyatlov devait envoyer un télégramme au plus tard le 12 février. Rien n'arrive. Le 20, les familles s'inquiètent. Des étudiants volontaires partent à leur recherche, bientôt rejoints par l'armée, ses avions et ses hélicoptères.
Le 26 février, l'étudiant Mikhaïl Charavine trouve la tente.
La tente était à moitié arrachée et couverte de neige. Elle était vide, et toutes les affaires du groupe étaient restées là, les chaussures aussi.Mikhaïl Charavine, le secouriste qui a trouvé la tente (traduit)
La toile a été découpée de l'intérieur. Neuf séries de traces descendent la pente : des pieds en chaussettes, un seul soulier, parfois rien. À la lisière de la forêt, sous un grand cèdre, il reste les traces d'un petit feu. Deux corps sont là, pieds nus, en sous-vêtements.
Les branches du cèdre sont cassées jusqu'à cinq mètres de haut.
Comme si l'un d'eux avait grimpé pour apercevoir la tente. Entre l'arbre et le camp, trois autres corps, dont celui de Dyatlov, à 300, 480 et 630 mètres du cèdre. Ils semblent morts en essayant de remonter vers la tente. Tous les cinq sont morts de froid.
Le jour même, le procureur d'Ivdel ouvre une enquête pénale. Il note la découverte de « corps gelés » sur la « hauteur 1079 ».
Vassili Tempalov, procureur d'Ivdel, 26 février 1959 · Dossier de l'enquête, tome 1, page 1 · Domaine publicLes quatre derniers
Il faut attendre la fonte des neiges. Le 4 mai, les quatre derniers sont retrouvés dans un ravin, 75 mètres plus loin dans la forêt, sous quatre mètres de neige, au fond d'un ruisseau. Ils sont mieux habillés que les autres, avec des vêtements pris aux premiers morts. Lioudmila Doubinina porte le pantalon brûlé de Iouri Krivonichenko, et sa jambe est enroulée dans un morceau de veste.
C'est là que l'affaire bascule. Trois d'entre eux ont des blessures mortelles : un crâne fracassé, des côtes brisées. Pour le légiste, il a fallu une force comparable à celle d'un accident de voiture. Pourtant, il n'y a aucune plaie visible à l'endroit des fractures.
Des os brisés comme dans un accident de voiture, sans aucune plaie.
Lioudmila Doubinina n'a plus ni langue ni yeux. Le légiste estime que c'est arrivé après sa mort, dans l'eau du ruisseau. On relève aussi des traces de radioactivité sur les vêtements d'une victime. Des années plus tard, des randonneurs qui campaient à une cinquantaine de kilomètres au sud diront avoir vu d'étranges sphères orange dans le ciel, cette nuit-là.
En mai 1959, l'enquête est close faute de coupable, et le dossier part aux archives secrètes.
Une force naturelle que les randonneurs n'ont pas pu surmonter.Conclusion officielle de l'enquête, mai 1959 (traduit du russe)
Ce qu'on sait aujourd'hui
Pendant soixante ans, ce flou nourrit toutes les théories. En 2019, la justice russe rouvre le dossier. En 2020, elle conclut à une avalanche. La neige, alourdie par la tempête, glisse sur la tente pendant la nuit. Le groupe découpe la toile pour s'échapper et descend vers la forêt pour s'abriter, mal habillé, dans le noir. Puis il se sépare, et le froid fait le reste.
Ce fut un combat héroïque. Il n'y a pas eu de panique, mais ils n'avaient aucune chance de s'en sortir.Andreï Kouriakov, procureur adjoint pour l'Oural, 2020 (traduit)
En 2021, deux chercheurs suisses, Johan Gaume et Alexander Puzrin, montrent qu'une petite avalanche de plaque peut aussi expliquer les fractures. Le débat n'est pas tout à fait clos : en 1959, les secours n'avaient vu aucune trace évidente d'avalanche.
Le mystère
L'avalanche est la piste la plus solide. Les autres continuent de circuler.
Une avalanche de plaque
Probable+Le modèle de 2021 explique la tente écrasée et les fractures. C'est la conclusion du parquet russe.
−Les secours n'ont vu aucune trace évidente d'avalanche.
Un vent violent ou des infrasons
Peu crédible+Le vent sur la pente aurait pu provoquer une panique.
−Cela n'explique pas les blessures graves.
Un essai militaire secret
Aucune preuve+Des sphères orange dans le ciel, des traces de radioactivité sur un vêtement.
−Aucun document ne l'a jamais confirmé.
Une attaque des Mansis
Aucune preuve+Les éleveurs de rennes de la région ont été soupçonnés au début.
−Écartée dès 1959. Selon le légiste, des humains n'auraient pas pu porter de tels coups.
Pour aller plus loin
Sources et crédits des images
- J. Gaume, A. M. Puzrin, « Mechanisms of slab avalanche release and impact in the Dyatlov Pass incident in 1959 », Communications Earth & Environment, 2021
- Dyatlov Pass incident, Wikipedia
- Domaine publicDécision d'ouvrir une affaire pénale sur la mort du groupe Dyatlov. Vassili Tempalov, procureur d'Ivdel, 26 février 1959. Dossier de l'enquête, tome 1, page 1. Recadré sur le haut de la page.Source
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