Le Mary Celeste, le navire retrouvé sans personne à bord
En décembre 1872, des marins trouvent un navire qui dérive au large des Açores. Les vivres sont là, la cargaison aussi. Mais les dix personnes à bord ont disparu, et on ne les a jamais revues.
- Lieu
- Atlantique, entre les Açores et le Portugal
- Date
- 1872
- Bilan
- 10 disparus
- Statut
- Non résolu
En décembre 1872, des marins trouvent un navire qui dérive au milieu de l'Atlantique. Les vivres sont là, la cargaison aussi, les affaires de l'équipage aussi. Mais le canot a disparu, et avec lui les dix personnes à bord. On ne les a jamais revues.
Un capitaine, sa femme et leur fille
Benjamin Briggs est un capitaine respecté, un homme pieux qui lit la Bible chaque jour. Pour ce voyage de New York à Gênes, il emmène sa femme Sarah et leur fille Sophia, deux ans. Leur fils Arthur, en âge d'aller à l'école, reste chez sa grand-mère. Dans la cale : 1 701 barils d'alcool. L'équipage, sept marins, a été choisi avec soin.
Notre navire est en parfait état, et j'espère que nous ferons une belle traversée.Benjamin Briggs, lettre à sa mère, 3 novembre 1872 (traduit)
Le mauvais temps retient le navire deux jours au large de Staten Island. Sarah en profite pour écrire une dernière lettre. « Dis à Arthur que je compte beaucoup sur ses lettres. » Le 7 novembre, le Mary Celeste prend la mer.
Le navire sous son premier nom, l'Amazon, à son entrée dans le port de Marseille en novembre 1861.
Peinture attribuée sans certitude à Honoré Pellegrin, 1861 · Wikimedia Commons · Domaine publicUn navire qui avance tout seul
Entre les Açores et le Portugal, l'équipage du Dei Gratia aperçoit un navire qui avance de façon étrange, voiles mal réglées. Personne sur le pont, aucune réponse aux signaux. Deux hommes montent à bord.
Le navire est vide. Des voiles déchirées, des cordages qui pendent par-dessus bord. Un peu d'eau dans la cale, rien d'inquiétant pour un bateau de cette taille. Des vivres pour des mois. Les affaires de l'équipage sont là. Il manque le canot de sauvetage, la plupart des papiers du bord et les instruments de navigation du capitaine.
Des vivres pour des mois, les affaires de tous, et personne.
La dernière note du journal de bord date du 25 novembre, à 8 heures du matin, au large des Açores. Depuis, le Mary Celeste a dérivé seul pendant neuf jours, sur près de 400 milles.
L'écritoire du capitaine Briggs, retrouvée à bord, aujourd'hui exposée à Salem. Certains objets présentés sont des reproductions.
Photo Crawdad Blues · Peabody Essex Museum, Salem · CC0On soupçonne un crime
Les sauveteurs ramènent le navire à Gibraltar pour toucher leur prime. Le procureur, Frederick Solly-Flood, est convaincu d'un crime : l'équipage aurait bu l'alcool de la cale et tué le capitaine et sa famille. Des experts relèvent des entailles sur la proue, des taches suspectes sur l'épée du capitaine et sur un garde-corps.
L'analyse montre que les taches ne sont pas du sang. Pour un officier de marine américain, les entailles viennent simplement de la mer. Le navire est rendu, et les sauveteurs reçoivent une prime modeste. Dans la presse américaine, on parle déjà de pirates.
« Les officiers d'un brick, que l'on croit assassinés en mer » : en février 1873, le Boston Post accuse des pirates.
Boston Post, 24 février 1873, repris par le New York Times le 26 · The New York Times · Domaine publicUn écrivain réécrit l'histoire
Le jeune Arthur Conan Doyle, 25 ans, médecin de bord, publie une nouvelle inspirée de l'affaire. Il rebaptise le navire Marie Celeste, change le nom du capitaine, la date, l'itinéraire, et invente un massacre. Il ne pensait pas être pris au sérieux. Beaucoup prennent pourtant son texte pour un témoignage.
D'autres journaux en rajoutent : un feu encore allumé dans la cuisine, un repas à peine refroidi sur la table. Rien de tout cela n'est vrai. Aujourd'hui encore, on parle souvent du « Marie Celeste ».
Le repas encore chaud sur la table ? Une invention de journaliste.
Le mystère
Pour la plupart des spécialistes, l'équipage a évacué dans la précipitation, en pensant revenir. Reste à savoir ce qui l'a effrayé.
Des vapeurs d'alcool dans la cale
Possible+Des écoutilles ouvertes, comme pour aérer. On a pu craindre une explosion.
−Aucune trace d'incendie ni d'explosion à bord.
Une fausse alerte, on croit qu'il coule
Possible+Une sonde de fortune traînait sur le pont, comme pour mesurer l'eau dans la cale.
−Il n'y avait que peu d'eau, rien qui justifie d'abandonner le navire.
Un séisme sous-marin ou une trombe
Peu crédible+Un choc violent aurait pu affoler l'équipage.
−Rien n'indique qu'il y en ait eu un ce jour-là.
Des pirates ou une mutinerie
Aucune preuve+Le procureur de Gibraltar et la presse y ont cru.
−Les objets de valeur sont restés à bord. Aucune violence n'a été prouvée.
Pour aller plus loin
Sources et crédits des images
- Domaine publicAmazon of Parrsboro entering Marseilles, Nov. 1861. Peinture attribuée sans certitude à Honoré Pellegrin, 1861. Wikimedia Commons.Source
- CC0Écritoire du capitaine Benjamin Briggs. Photo Crawdad Blues. Peabody Essex Museum, Salem.Source
- Domaine publicA Brig's Officers Believed to Have Been Murdered at Sea. Boston Post, 24 février 1873, repris par le New York Times le 26. The New York Times. Recadré sur le début de l'article.Source
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