Enquête · Affaire réelle

La Bête du Gévaudan

Entre 1764 et 1767, une bête tue une centaine de personnes dans les montagnes du Gévaudan. Le roi envoie ses soldats, puis son propre chasseur. On ne sait toujours pas ce qu'elle était.

4 min de lecture
Lieu
Gévaudan (Lozère actuelle)
Date
1764-1767
Bilan
Une centaine de morts
Statut
Fait historique
En bref

De 1764 à 1767, une bête tue une centaine de personnes dans les montagnes du Gévaudan, surtout des enfants qui gardent les troupeaux. Le roi envoie ses soldats, ses meilleurs chasseurs, puis son propre porte-arquebuse. Deux grands canidés sont abattus. On ne sait toujours pas ce qu'elle était.

Été 1764

Les enfants des pâturages

Dans les montagnes du Gévaudan, l'actuelle Lozère, ce sont les enfants qui gardent les vaches et les moutons, seuls, toute la journée, loin des villages. Le 30 juin 1764, Jeanne Boulet, quatorze ans, est tuée près de Langogne. C'est la première victime officielle.

Le curé qui l'enterre écrit qu'elle a été tuée par « la bette féroce ». Comme si on la connaissait déjà. Les attaques se multiplient tout l'été, puis l'automne. Le 7 octobre, une jeune fille est tuée au village d'Apcher. Selon les témoignages, sa tête n'aurait été retrouvée que huit jours plus tard.

Le curé écrit « la bette féroce », comme si tout le monde la connaissait déjà.

À quoi ressemblait-elle ? « De la taille d'un jeune taureau », elle boit le sang des enfants. Estampe anonyme, 1764 · Domaine public
Hiver 1765

Des enfants lui tiennent tête

En novembre 1764, le capitaine Duhamel arrive avec 56 soldats de la Légion de Clermont-Prince. Ses battues ne donnent rien, et les paysans se plaignent de soldats qui ne paient ni le logement ni la nourriture.

Le 12 janvier 1765, au Villaret, la Bête se jette sur sept enfants qui gardent leurs bêtes ensemble. Elle arrache la joue d'un des plus jeunes, puis saisit Joseph Panafieu par le bras et l'emporte. Un des garçons propose de fuir. Jacques Portefaix, douze ans, refuse. Avec les autres, il la poursuit et la frappe aux yeux avec les lames fixées au bout de leurs bâtons. Elle lâche l'enfant et s'enfuit dans les bois.

Sept enfants armés de bâtons font lâcher prise à la Bête.

Le roi récompense les enfants. Le 4 février, il promet 6 000 livres à qui tuera la Bête. L'affaire est dans tous les journaux d'Europe.

1765

Le roi envoie ses chasseurs

En février arrivent les d'Enneval, père et fils, louvetiers normands. Le père passe pour le meilleur chasseur de loups du royaume : on lui en prête plus de 3 000. Rien. En juin, Louis XV envoie son propre porte-arquebuse, François Antoine.

Le 11 août, pendant une grande battue, la Bête surgit devant des paysannes qui traversent une passerelle. Elle se jette sur Marie-Jeanne Vallet, une vingtaine d'années, servante du curé de Paulhac. La jeune femme lui plante sa lance dans le poitrail. La Bête tombe dans la rivière et disparaît.

Le 20 septembre, près de l'abbaye des Chazes, Antoine abat un grand loup de 130 livres. L'animal est naturalisé et présenté au roi à Versailles. Pour la Cour, l'affaire est close.

Pièce du dossier

Le loup des Chazes, présenté à la famille royale le 1er octobre 1765.

Estampe anonyme, Paris, chez Mondhare, 1765 · BnF (Gallica) · Domaine public
1766 à 1767

Elle revient

À la fin de l'année 1765, les attaques reprennent. Le roi ne veut plus en entendre parler : la Bête a été tuée, officiellement. Le Gévaudan se défend seul pendant un an et demi. On empoisonne des cadavres de chiens, on organise de petites battues. La Bête semble plus prudente, mais elle tue toujours.

Le 19 juin 1767, le jeune marquis d'Apcher mène une battue dans les bois du mont Mouchet. Parmi ses douze chasseurs, Jean Chastel, un paysan qui approche la soixantaine, abat un grand canidé. Les attaques cessent. Cette fois, pour de bon.

Le lendemain, un notaire examine l'animal et rédige un rapport très précis. Le corps, lui, n'a jamais été conservé.

Un loup, mais extraordinaire et bien différent… des loups que l'on voit dans ce pays.Rapport du notaire Marin, 20 juin 1767. Archives nationales.

Le mystère

Aucun corps n'a été conservé. Il reste quatre pistes.

Plusieurs loups mangeurs d'hommes

Probable

+Les deux bêtes abattues ressemblaient à des loups. La France a connu d'autres « bêtes dévorantes ».

−Des témoins décrivent un animal plus grand qu'un loup.

Un chien-loup, ou un loup hors norme

Possible

+Le rapport Marin décrit un loup « bien différent ».

−Sans corps ni ossements, invérifiable.

Une hyène échappée

Peu crédible

+Les estampes de 1764 parlent de « hyène ».

−Aucune évasion connue, et des dents de canidé.

Un homme derrière la Bête

Aucune preuve

+Le scénario du Pacte des loups.

−Né de deux romans, en 1936 et 1946. Aucune archive.

Pour aller plus loin

LivreLa Bête du GévaudanJean-Marc Moriceau, Larousse, 2008
LieuMusée fantastique de la Bête du GévaudanSaugues, Haute-Loire
Sources et crédits des images
  1. Jean-Marc Moriceau, La Bête du Gévaudan, Larousse, 2008
  2. Bête du Gévaudan, Wikipédia
  3. Procès-verbal d'examen du corps de la bête, 20 juin 1767, Archives nationales, AE/II/2927
  • Domaine publicFigure du monstre qui désole le Gévaudan. Estampe anonyme, 1764. BnF (Gallica).Source
  • Domaine publicHyenne, animal féroce (exemplaire colorié). Dessin colorié, 1765. Archives départementales de l'Hérault.Source
  • Domaine publicA Representation of the Wild Beast of the Gévaudan. Gravure, The London Magazine, mai 1765. D'après un dessin envoyé à l'intendant d'Alençon.Source
  • Domaine publicLa Bête du Gévaudan. Gravure sur bois, Le Messager boiteux, 1765. Almanach suisse.Source
  • Domaine publicReprésentation de la Bête du Gévaudan, présentée le 1er octobre au Roy et à la famille royale. Estampe anonyme, Paris, chez Mondhare, 1765. BnF (Gallica).Source
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